Arthur Charpentier

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Catastrophes improbables

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lundi 1 mars 2010

Les Pays-Bas inondés, février 1953

Après un week-end de trois jours en Vendée, je vais faire un rapide billet sur les inondations costales (après la catastrophe improbable du barrage de Vajont, ici), que j’aurais du mal à qualifier d’improbables....

Lorsque l’on parle des l’histoire la théorie des valeurs extrêmes (ou plutôt la second partie de l’histoire, la première avait été racontée ici), on évoque souvent la crue de février 1953 qui a inondé les Pays-Bas (je renvoie aux slides de Paul Embrechts par exemple, ici). Pour résumer, pendant la nuit du 31 janvier au 1er février 1953, une très forte tempête traversa la mer du nord. Dans des villes où la marée haute atteignait en moyenne 1 mètre au dessus de niveau de la mer à Amsterdam (ce que l’on appelle NAP, Normaal Amsterdams Peil), on atteignait presque les 4 mètres. Comme souvent (je pense par exemple à la canicule de 2003 en particulier, à laquelle je consacrerais bientôt un billet), le problème n’est pas seulement les hauteurs extrêmes, mais la persistance, i.e. le fait que l’évènement ait duré longtemps. En effet, le 1er février 1953, la marée basse n’avait pas causé de véritable baisse du niveau de l’eau, si bien que quand la marée haute arriva, l’eau avait déjà atteint un niveau très élevé. Mais comme le notait de nombreux commentaires de l’époque, les grandes marées étaient prévues 2 semaines plus tard, autrement dit la catastrophe aurait pu être pire encore si elle était survenue 15 jours plus tard !

Les digues subirent plus de 400 brèches, et plus de 500 km de digues furent à reconstruire. Mais surtout, 1836 personnes trouvèrent la mort, ce qui, ramené à la population des Pays-Bas de l’époque (de l’ordre de 10 millions d’habitants, ici), correspondrait à une catastrophe causant la mort de plus de 10000 personnes en France (ou plus de 60000 aux Etats Unis) aujourd’hui. La carte ci-dessus montre la région qui s’est retrouvée sous l’eau soit plus de 1600 km2 (sinon je renvois ici pour des photos). Comme toujours dans les catastrophes, l’intérêt ex-post sont les leçons que l’on en a tirées. Aux Pays-Bas, la catastrophe a donné naissance au Deltawerken, qui initia (et finança) davantage de recherche sur le niveau des digues, ce que nous appelerions en gestion des risques un problème de calcul de Value-at-Risk: à quelle hauteur mettre une digue pour éviter qu’un évènement se produise dans 99,999% des cas ? Je renvoie ici ou pour plus d’information sur la catastrophe...

dimanche 10 janvier 2010

L'accident de Los Alfaques (1976)

Parmi les grandes catastrophes passées, la catastrophe de Los Alfaques en Espagne. Il s’agit d’un accident routier, le 11 juillet 1978. Un camion citerne contenant du propylène a explosé à proximité d’un camping, et tua plus de 200 personnes et de très nombreux blessés. Comme l’avait titré à l’époque Time, "it was like napalm" (ici).
Sans rentrer dans les détails sordides (le sordide avait été atteint par Paris Match cette semaine là en publiant des photos de la catastrophes), comme la plupart des hydrocarbures simples, le propylène est incolore, inodore, et très inflammable.
Comme le montre le schéma ci-dessous (trouvé ici) toutes les personnes dans un rayon de 150 mètres sont mortes. Et entre 150 et 250 mètres par exemple, 1/5 des personnes sont décédées des suites de leurs blessures.
A l’époque, le sinistre avait coûté plus de 20 millions d’euros aux assureurs. En utilisant une inflation (au sens de l’INSEE), cela correspond à plus de 80 millions d’euros. Ce qui le rapproche du coût de l’accident du tunnel du Mont Blanc qui est - si je suis bien informé - le plus gros sinistre en assurance auto.

vendredi 8 janvier 2010

Les ouragans en Europe ? c'est pour quand ?

Ce qui est trop sympa avec les réassureurs, c’est que quand on commence à parler de risques improbables, on se rend compte qu’on a finalement une imagination très limitée... Et c’est aussi pour ça que j’avais décidé de créer cette rubrique (avec l’aide d’Emmanuel Debreuil sans qui je ne pourrais pas faire grand chose).
Par exemple, imaginons un ouragan en Europe.... Bon, j’avais une vision assez simpliste de la mécanique des fluides, en pensant que dans l’Atlantique Nord, les ouragans partaient forcément vers l’ouest (un peu comme sur le dessin ci-contre). Cette idée se retrouve un peu partout sur le net dès que l’on regarde des cartes mondiales, comme celle ci-dessous,

(on peut aller un peu plus loin ici). Pourtant les ouragans commencent à arriver en Europe. Emmanuel m’a ainsi envoyé la photo suivante (que l’on peut élargir en cliquant), où on apprend qu’un ouragan s’est rapproché de l’Europe le 6 octobre dernier,
Son petit nom, c’est Grace (ici ou ), qui est officiellement un cyclone tropical, et qui a terminé sa route au large de l’Irlande. Il s’agit du cyclone tropical le plus proche de la France jamais observé. En fait, si on regarde, on a déjà eu des choses semblables par le passé. Par exemple en 1995, Iris est arrivé au large de l’Europe (ici).

Bon, s’il faut continuer la surenchère pour coller un réassureur, la prochaine fois je parle d’une météorite sur Paris !

mardi 29 décembre 2009

Grandes catastrophes: le barrage de Vajont (1963)

Je suis régulièrement sollicité pour savoir s’il existe des scénarios catastrophes, avec des scénarios imaginés par des assureurs, de coûts de sinistre, et surtout des probabilités de survenance. Pour être honnête, je n’ai rien de tel sous le coude. Par contre, je me disais qu’il pourrait être intéressant de revenir sur quelques catastrophes majeures, parfois hautement improbables, permettant d’entrevoir le champ des catastrophes qui pourraient survenir un jour.
Pour inaugurer cette nouvelle rubrique, je voulais revenir sur cette catastrophe - assez méconnue en France - que m’a fait découvrir Emmanuel Dubreuil un peu avant les vacances...Il s’agit de la catastrophe survenue au barrage de Vajont le 9 octobre 1963.
Je pensais que les accidents de barrages étaient "simples" à imaginer, avec une rupture d’un barrage, une vallée inondée, et éventuellement un effet domino dans le pire des cas. Mais cette catastrophe est assez différente, car le barrage est toujours là (la photo de gauche à été prise le lendemain de la catastrophe, l’eau étant supposée être dans le cratère à gauche) !
http://blogperso.univ-rennes1.fr/arthur.charpentier/public/perso2/.dinam1aB_s.jpgTout a commencé à 22 heures 40, avec un éboulement qui se détacha des pentes du Mont Toc, en s’écroulant sur le réservoir (en amont du barrage), avec une masse compacte de plus de 270 millions de m3. Tout le côté du Toc, sur une largeur de3 km.environ, s’est enfoncé dans le réservoir (avec ses forêts, ses champs et ses maisons). Pour faire simple, deux énormes vagues de plus d’une centaine de mètres de haut vont alors déferler...http://blogperso.univ-rennes1.fr/arthur.charpentier/public/perso2/.dinam1bB_s.jpgLa première, en amont, a été poussé à ouest, où la vallée du Vajont s’élargit, mais sans véritables conséquences importantes.
La seconde vague (de plus que 50 millions de m3) surmonta le barrage en tombant à plomb dans la vallée. La gorge du Vajont étant très étroit, cette seconde vague se trouva comprimée davantage, ce qui lui donna encore plus d’énergie.En sortant de la vallée, la vague faisait 70 m de haut, et provoqua un vent de plus en plus fort. http://blogperso.univ-rennes1.fr/arthur.charpentier/public/perso2/.dinam1cB_s.jpgL’eau submergea les maisons, les églises, les hôtels, les monuments, les routes, et plia les voies de la gare de Longarone. La vague rebondit contre la montagne, et un lent refluement commença (en sens inverse de la poussée initiale). D’autre villes firent détruites entièrement ou en partie: Rivalta, Pirago, Faè et Villanova dans la Commune de Longarone, Codissago dans la Commune de Castellavazzo. À Pirago seulement le clocher survit miraculeusement, la villa Malcom et ses scieries disparurent. Le flux du Piave se rétablit seulement dix heures plus tard.
On compta au final plus de 2000 personnes manquantes. Pour plus d’info sur la catastrophe, je renvoie ici ou . Sinon je crois qu’un film avec Daniel Auteil retrace l’évènement (mais je ne l’ai pas encore vu),