Discrètement dans le courant de l’été (le 7 juillet si j’ai bien tout
suivi) a été votée une loi sur la mobilité des fonctionnaires (ou plus
officiellement "projet de loi relatif à la mobilité et aux parcours professionnels dans la fonction publique" ici). Cette loi a été un peu évoquée sur le net, ici
par exemple. Si on regarde un peu les articles, on peut être un peu
surpris par les conséquences de certains articles, par exemple la
sous-section 3 (réorientation professionelle) de l’article 7,
"Art.
44 bis. – En cas de restructuration d’une administration de l’État ou
de l’un de ses établissements publics administratifs, le fonctionnaire
peut être placé en situation de réorientation professionnelle dès lors
que son emploi est susceptible d’être supprimé. [...] Elle
peut également prendre fin, à l’initiative de l’administration, lorsque
le fonctionnaire a refusé successivement trois offres d’emploi public
fermes et précises correspondant à son grade et à son projet
personnalisé d’évolution professionnelle, et tenant compte de sa
situation de famille et de son lieu de résidence habituel. Dans ce cas,
il peut être placé en disponibilité d’office ou, le cas échéant, admis
à la retraite." 
Je ne sais pas si ce blog est l’endroit
idéal pour commenter ou critiquer une loi, mais on peut s’interroger
sur ses conséquences, non ?
Avec tous les changements législatifs sur les statuts dans
l’enseignement supérieur et la recherche, je pense qu’il y a de quoi
s’inquiéter... Vous travaillez (en tant qu’enseignant chercheur) dans
une unité de recherche en économie dans une jolie ville du sud de la
France, qui ferme (on va appeler ça une "restructuration"),
et on vous propose de faire du traitement d’enquête pour le ministère
de la justice à Strasbourg, ou de la formation en bureautique pour le
ministère de l’intérieur à Brest... que sais-je encore... Le soucis est
que si l’on refuse, on ne même pas être reconnu comme chômeur (car pour
rappel l’Etat ne cotise pas à l’assurance chômage). Peut être serait-il
temps de réfléchir globalement au statut de fonctionnaire plutôt que de
faire des réformes par-ci par-là qui rendent la situation assez
inextricable...
Réforme(s)
lundi 24 août 2009
A quand l'assurance chômage pour les fonctionnaires ?
Par Arthur Charpentier le lundi 24 août 2009, 10:16
jeudi 4 juin 2009
Autonomie des université: doubler le nombre d'enseignant-chercheurs ?
Par Arthur Charpentier le jeudi 4 juin 2009, 09:01
Dans le cadre de la réflexion actuelle sur l’autonomie des université, je voulais poster un court billet car jesuis tombé un peu par hasard sur un rapport très intéressant de monsieur Michel RASERA (Conseiller maître à la Cour des comptes), sobrement intitulé "notification finale du rapport d’observations définitives sur la gestion de l’université de Rennes I" que l’on peut lire intégralement ici (étant persuadé qu’il reflète une situation que l’on peut retrouver dans toutes les universités, je me permets de parler uniquement de Rennes I).
Je retiendrais en particulier la partie du rapport sur les heures complémentaires, qui pousse à réfléchir.... "En 2004, les 4,8 millions d’euros engagés sur ce chapitre [des heures complémentaires] représentent environ 125 000 heures complémentaires, soit 650 postes d’enseignants représentant près de 45% du potentiel enseignant de l’université Rennes I."
Autrement dit, il faudrait doubler le nombre d’enseignants pour que
tout le monde se contente de faire son service de base... soit 650
postes à pourvoir ! Mais visiblement, tout le monde n’est pas forcément
intéressé pour avoir plus de temps pour faire la recherche, et les
heures complémentaires sont un moyen simple de compléter ses revenus.
Comme le note le rapport, "le
conseil d’administration du 2 juillet 1997 a prévu qu’un enseignant ne
saurait doubler son service statutaire annuel de 192 heures
d’équivalent travaux dirigés. Or, il apparaît que l’université n’est
pas en mesure d’assurer ce contrôle puisque 57 enseignants ont dépassé
ce plafond en2004 ", avec des choses assez délirantes en économie et en gestion,
(je mets également un lien vers la réponse de la présidence de l’université, mais qui n’apprend pas grand chose de plus, ici).
mardi 12 mai 2009
démocratie, j'écris ton nom
Par Arthur Charpentier le mardi 12 mai 2009, 00:18
Un court billet afin de rebondir sur un propos que j’ai lu l’autre jour, à plusieurs reprises, de la part de "jeunes populaires" (ici ou là) appelant au "respect de la démocratie", demandant la fin de la protestation contre les réformes actuelles à l’université.
J’ai
l’impression que le dialogue est devenu impossible... Par
exemple, le 4 mai, le parole de l’UMP Frédéric Lefebvre fustigeait la "minorité de surexcités qui sacrifie pour des raisons idéologiques l’avenir des jeunes". Et le même jour, l’éditorialiste du Figaro, Yves Thréard, expliquait que l’université française "continue de creuser sa tombe par la faute de quelques enragés". Décidément, entre "surexcités" et "enragés", je découvre que certains ont des mots bien durs envers la ministre de la Recherche et le président de la République.
Mais surtout je suis de plus en plus choqué par l’utilisation du mot de "démocratie".
L’ancien président américain nous a bien expliqué l’usage qu’on pouvait
en faire, mais surtout en France, je trouve décidément que c’est
l’hopital qui se moque de la charité....
Je suis choqué que les
personnes qui emploient ce mot sont les mêmes que celles qui ont fait
voter par le parlement un traité simplifié après le "non" au référendum sur la constitution européenne. Mais récemment, sur la loi Hadopi (dont je parlais un peu ici), j’ai découvert la notion du "on présente un texte jusqu’à ce qu’il soit accepté":
un vote rejette le texte, et on nous explique que cette expression
démocratique n’est pas valide et qu’il faut recommencer.... Un peu
comme les irlandais qui rejetaient le traité de Lisbonne en juin 2008 et qu’on nous
expliquait qu’il fallait revoter... Et il faut continuer de croire que
la démocratie (telle qu’on nous la propose) est le meilleur des régimes
? Pour aller plus loin, je renvoie ici vers un classique de la philosophie.

samedi 4 avril 2009
Ca bouge à la fac de Sciences Eco (à l'issu de son plein gré)
Par Arthur Charpentier le samedi 4 avril 2009, 02:31
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lundi 16 mars 2009
Les cours de maths prennent l'air...
Par Arthur Charpentier le lundi 16 mars 2009, 22:03



mardi 10 mars 2009
trop d'info tue l'info
Par Arthur Charpentier le mardi 10 mars 2009, 10:57

Quelques couacs sur la déclaration de la CPU, alias la Conférence des Présidents d’Universités (raconté ici, via Mediapart). On retiendra le communiqué du professeur Georges Molinié. Président de Paris-Sorbonne (Paris-IV),
« Or, le mouvement, large et majoritaire dans toute la communauté universitaire, est légitime, massif, et nécessaire face à l’autisme des ministères relativement à des réformes inacceptables, notamment une réforme des procédures de la formation des maîtres qui représente à la fois une régression et une agression, et qui reste à l’ordre du jour malgré les protestations de la CPU, de l’ensemble des syndicats et de multiples associations représentatives.
La seule solution est la mobilisation forte et continue dans les manifestations publiques [...] Face à l’attitude de mépris qui nous est opposée, il est plus que jamais indispensable de manifester, dans la rue et dans les universités, une résistance résolue, massive et responsable. »
dimanche 8 mars 2009
Enfin des propositions intéressantes pour la refonte du décret !
Par Arthur Charpentier le dimanche 8 mars 2009, 15:04
Le site "universités ouvaton" (ici) propose des pistes intéressantes à Valérie Pécresse, qui a ouvert la boîte de Pandore... En particulier, il suggère de revenir au système qui existait avant la loi de 1984, à savoir 120 heures de cours par an, au lieu de 192. Ils soulignent d’ailleurs que la création de 5000 postes (qui permettrait enfin aux enseignants d’avoir un peu de temps pour rester chercheur) coûterait à peine 250 millions d’euros (tous les ans). On peut comparer ces montants avec le paquet fiscal, ou encore les sommes dont on entend parler tous les jours à propos des aides aux banques (sans réelle contrepartie)*.
Pour reprendre le texte de la pétition, "nous demandons fermement, pour tous les universitaires, quels que soient leur établissement et leur grade, un nouveau statut de fonctionnaire d’État :
- qui réaffirme la liberté académique pour l’enseignement et la recherche (décret de 1984),
et qui stipule :
- un volume statutaire d’enseignement de 120 heures équivalent TD ;
- la liberté donnée aux enseignants-chercheurs de répartir collégialement leur temps d’enseignement sur quelques années ;
- la possibilité effective d’obtenir plusieurs congés sabbatiques de recherche au cours de leur carrière ;
- la prise en compte, dans les carrières, des tâches attenantes à l’enseignement.
Le temps libéré sera dévolu à l’activité de recherche."
Il est aussi abordé l’emploi du personnel non enseignant, essentiel pour que l’université tourne bien (les étudiants en savent quelque chose). Pouvoir déléguer la tâche de faire les emplois du temps ou de faire passer des questionnaires aux étudiants,ça nous libère tellement de temps. Bref, enfin des pistes intéressantes... Ce n’est pas dans mes habitudes de signer des pétitions, mais pour une fois où je me retrouve dans presque tout ce qui est dit (surtout que l’essentiel est expliqué et justifié).
* [19/03/2009] Pour l’instant je comparerais au 307 millions qui ont été offerts aux 834 contribuables les plus riches de France, selon Libé,

samedi 28 février 2009
LRU, autonomie et suppression de départements....
Par Arthur Charpentier le samedi 28 février 2009, 22:03
J’avais promis que j’arrêterais de parler de la réforme, mais en
trainant sur les forums, je me rends compte que Tullis Detritus a décidément
réussit à renforcer la rupture entre les enseignants-chercheurs et les
lecteurs des principaux médias.
Je voulais juste revenir sur la LRU
et l’idée d’autonomie des universités. Dans un précédant billet, je parlais des dangers de faillite (en grossissant un peu les risques, j’en conviens), mais là je voulais évoquer le risque - que je croyais au départ théorique - de fermeture d’ufr... Tout le monde esssaye de
comparer aux Etats-Unis ou au Royaume Uni. Le système britannique est
lui évoqué ici, mais n’apprend pas grand chose, ormis que l’autonomie nécessite une "gouvernance" claire. Mais beaucoup plus instructive, l’expérience allemande est détaillée (partiellement) ici. La loi de réforme du fédéralisme en 2006 a signé le désengagement financier de l’État fédéral au profit des Länder. "Accent mis sur certaines filières, rémunération
des professeurs au mérite, recrutement sélectif des étudiants, mécénat
d’entreprises... désormais, chaque université peut adopter ses propres
règles de gestion pour peu qu’elles soient en accord avec la
législation de son Land." Et comme le note le professeur Kempen, président de la Fédération allemande de l’enseignement supérieur "« Le déplacement du pouvoir s’effectue au profit des instances centrales [présidence, collège des recteurs et conseil d’administration],
au détriment des organes représentatifs des enseignants. Pourtant, les
décisions scientifiques adéquates ne peuvent être prises que par les
instances qui mènent ces activités ! » [...] Il est rejoint dans son analyse par Andreas Keller, du syndicat GEW : « La
majorité des pouvoirs se concentrent entre les mains des présidents,
qui agissent comme dans une entreprise, en véritable directoire.
Néanmoins, on néglige le principe de la cogestion à l’allemande qui
prévoit dans les entreprises la représentation des salariés au conseil
de surveillance ! »". L’article évoque d’ailleurs le point que j’évoquais en introduction, à savoir que "au rang des autres dérives possibles, une
spécialisation des universités dans des filières porteuses et l’abandon
d’autres moins demandées dans le court terme par les entreprises.".
Bref, peu importe la qualité des chercheurs, ou le niveau même des
formations, c’est réellement l’intérêt - direct et à court terme - pour
les entreprises locales qui importe !
Ce point a d’ailleurs été repris dans le International Herald Tribune du 14 janvier 2008 (ici pour la version intégrale).
"Gordon Whittaker, un Australien de 56 ans [...] est
l’un des derniers professeurs d’université en Allemagne à faire vivre
les langues des peuples amérindiens du Sud et du Nord de l’Amérique,
langues menacées de disparition. A Göttingen, où il est professeur
depuis 1990, il sera probablement le témoin d’une autre disparition :
celle des études amérindiennes elles-mêmes.
Cette
année, l’université a décidé que les étudiants pourraient sortir avec
un diplôme spécialisé dans l’étude de l’Afrique ou de l’Asie du
Sud-Est, mais pas dans celle des Incas, des Aztèques ou des Sioux.
Jusqu’à sa retraite en 2019, Whittaker continuera à œuvrer pour la
préservation de la langue d’une tribu américaine, la nation Fox et Sac,
mais cela n’ira pas plus loin. «
Göttingen ne produira plus les générations de savants qui seraient
capables de préserver ce type de langues et de cultures, dit Whittaker.
Ce sera fini, tout simplement. »
Le destin des études amérindiennes à Göttingen – et le président de
l’université jure ses grands dieux qu’il ne cherche pas à s’en
débarrasser – souligne le changement historique qui est actuellement en
cours dans les universités allemandes, institutions autrefois réputées
pour leurs champs d’études hautement spécialisés dans le domaine des
humanités." Un peu plus loin dans l’article, il est évoqué que "Göttingen imite ainsi
l’Université de Hambourg, qui a fermé son département d’études
amérindiennes en 1990, de même que celle de Berlin, où une filière
autrefois prestigieuse est en perte de vitesse."
L’analyse du International Herald Tribune est claire: "Sous
l’effet de pressions financières très fortes, les universités subissent
des transformations spectaculaires, impulsées par de puissants
administrateurs qui ont, de par leurs nombreuses attributions, le
pouvoir d’imposer leurs décisions malgré les objections de la
communauté universitaire. Ces administrateurs se donnent pour mission
d’adapter les universités allemandes aux besoins contemporains – tout
particulièrement aux besoins économiques – et à rationaliser leurs
structures de manière à pouvoir concurrencer les institutions
universitaires américaines. Cette stratégie impose une pression énorme sur ce que les Allemands nomment les « kleine Fächer », à savoir, littéralement: les « petites disciplines
». Ces champs disciplinaires, souvent portés par un seul professeur
dans une université donnée, et représentés dans trois ou quatre
universités dans le pays entier, correspondent à des domaines de
spécialisation étroits. Même
si ces champs ne sont pas très bien définis, on sait qu’ils concernent,
pour leur immense majorité, les humanités, et qu’ils comprennent des
domaines aussi exotiques que les études albanaises, la philologie
orientale ou l’étude du groupe linguistique indo-européen. Ils incluent
certaines sciences, telle l’astrophysique, et certaines disciplines
intéressant un large public, comme l’étude de l’Islam".
L’article
évoque d’ailleurs quelques aspects plus quantitatifs. "L’Association
pour l’Université allemande, un syndicat d’universitaires, a calculé
cette année que 663 postes de professeurs avaient été supprimés entre
1995 et 2005, à savoir 11,6 % du nombre total de postes".
Kurt von Figura, le président de l’Université de Göttingen, conclue en notant que "« La
question décisive, pour nos universités aujourd’hui, c’est la situation
de concurrence, ce qui signifie qu’il faut augmenter notre visibilité.
En général, c’est beaucoup plus facile à réaliser quand vous avez une
certaine masse critique derrière les disciplines que vous voulez
vendre. Lorsqu’un professeur est seul, c’est un objectif qu’il a
beaucoup plus de mal à atteindre. »".
Pour avoir une
réflexion française sur l’autonomie et les difficultés pour les
"petites" universités, avec énormément des points sur lesquels tout le
monde se reconnaîtra (en particulier sur les histoires de financements,
les difficultés à recruter des doctorants et le ras le bol du boulot de
secrétariat - pour lequel nous n’avons aucune compétence), quelques vidéos traînent sur Mediapart, ici.
lundi 23 février 2009
Quelques nouvelles, c'est la rentrée
Par Arthur Charpentier le lundi 23 février 2009, 10:35
Quelques nouvelles pour les étudiants du Master Statistique & Econométrie. Les nouvelles de l’UFR de maths de Beaulieu se trouve sur http://mathsrennes1.blogspot.com/. Sinon l’INSA est également touchée par le mouvement de grève, cf http://mobilisation.insa.fr .
Enfin, pour les étudiants qui sont présents place Hoche ce lundi, une AG enseignants-chercheurs/étudiants est prévue ce midi.
[23/02/09] Les slides qui ont été présentés ce midi sont en ligne ici.
samedi 21 février 2009
LRU et dentifrice
Par Arthur Charpentier le samedi 21 février 2009, 09:31
Les enseignants-chercheurs, c’est comme le dentifrice, une fois sortis du tube, on ne peut plus les faire rentrer (ou alors c’est compliqué, et pas très propre),

"La coordination nationale exige l’abrogation de la LRU et du pacte pour la recherche et l’arret immediat de leur mise en oeuvre. Elle exige l’adoption d’une nouvelle loi....." (daté de vendredi dernier). Visiblement la stratégie de Tullis Detritus n’était pas la bonne: en refusant de revenir sur les deux points de mécontentement du début des "événements", i.e. du décret, c’est maintenant l’ensemble de la loi qui est remise en cause !
jeudi 19 février 2009
Asterix et la réforme des universités...
Par Arthur Charpentier le jeudi 19 février 2009, 22:54
La relecture de "La Zizanie" n’a pas pu m’empêcher de penser à la situation actuelle... Je n’arrive pas à savoir qui de Nicolas S. ou Valérie P. joue le rôle de Tullis Detritus, mais quand on lit la presse et les courriers de lecteurs, on se rend compte qu’on va se retrouver face à une réelle crise de confiance (pour reprendre d’ailleurs l’idée de Wendelin Werner dans Le Monde l’autre jour), entre les chercheurs et le peuple, mais surtout entre les chercheurs et les élites... (ce qui va beaucoup plus loin que ce que je racontais sur Propaganda dans un ancien billet)
On voit revendiquer des gens qui n’avaient jamais rien demandé jusqu’à présent, et quand on voit les positions prises ici ou là... c’est un sacré bazar (histoire de ne pas dire de gros mot dans un blog professionnel).
PS: ne souhaitant pas d’histoire avec la famille Uderzo, je rappelle que La Zizanie est de René Goscinny, dessiné par Albert Uderzo, chez Hachette, et qu’il vaut un peu moins de 9 euros... Et si je me permets de voler des images, c’est pour inciter les gens à relire les livres...
Evolution des salaires des enseignants chercheurs, suite
Par Arthur Charpentier le jeudi 19 février 2009, 09:44

Bon, je reviens sur l’évolution des salaires des enseignants-chercheurs. Depuis un précédent billet, je suis tombé sur une page sur http://nicolas.tentillier.free.fr/, et j’ai voulu reprendre l’idée des graphiques car les sources n’étaient pas indiquées.
Pour l’évolution du SMIC, pas de soucis, on la trouve sur le site de l’INSEE. Pour les évolutions des indices, je les ai trouvé (en franc/euro constant) sur le site www.hautefonctionpublique.org/. Enfin, l’évolution des niveaux d’indice pour les Maîtres de Conférences 1er échelon: j’ai cherché sur http://www.legifrance.gouv.fr/ et http://bifp.fonction-publique.gouv.fr/ tous les textes règlementaires contenant les mots "maître de conférence" et "indice", depuis 1980. Pour les arrêtés touchant les Maîtres de Conférences (hors cas particuliers, e.g. Muséum national d’histoire naturelle, Ecole pratique des hautes études et de l’Ecole nationale des chartes et de l’Ecole française d’Extrême-Orient (Arrêté du 10 décembre 1992), etc), le seul qui fixe l’indice est l’Arrêté du 7 mars 1985 relatif à l’échelonnement indiciaire de certains personnels de l’enseignement supérieur. On obtient alors "Maîtres de conférences : 1er échelon: 530", soit en termes techniques "indice brut 530, indice nouveau majoré 454". Il y a également 71 décrets, mais qui ne fixent pas les niveaux d’indice. Bref, depuis 1985, l’indice des Maîtres de Conférences est resté identique.
Le temps de travail étant fixé par le décret de 1984, il n’a légalement pas changé pour les Maîtres de Conférences, et je peux donc retenir le "Smic mensuel brut en FF pour 169h de travail" comme référence. On retrouve des ordres de grandeurs proches de ceux de Nicolas Tentillier, à savoir un salaire initial 140% au dessus du salaire du SMIC en 1984, et aujourd"hui 40% au dessus...
Si on étudie l’évolution du ratio, on obtient la courbe suivante,
Et je suis pour ma part un tout petit peu plus pessimiste que Nicolas Tentillier, car en faisant une projection linéaire, le salaire d’un Maître de Conférences débutant sera inférieur au SMIC en 2021... Là dessus je rejoins ce que disait Wendelin Werner (ici), à savoir qu’il est difficile d’inciter les plus brillants étudiant à s’engager dans la voie de l’enseignement et de la recherche: entre le peu de considération qui est accordée aux valeurs que l’on défend, et la faible rétribution associée, je comprends que mes étudiants (et d’anciens copains de promo) préfèrent devenir traider à Londres ou à New York !
Pour une interprétation intéressante, il faut ôter les "outliers", comme la Suisse où le salaire est trois fois plus élevé qu’en France, et se concentrer par exemple sur les Pays Bas qui sont 50% au dessus des salaires français (pour les débutants). Juste un bémol: comme toutes les enquêtes internationales il est délicat de savoir ce qui est mis dans le "salaire", mais disons que les ordres de grandeurs correspondent avec d’autres sources que l’on peut trouver ici, par exemple. Sinon, je voudrais aussi mentionner le blog http://bacterioblog.over-blog.com/ qui souligne qu’avec les revalorisations successives des allocations de doctorats, l’incitation pour devenir maître de conférence diminue... un thésard moniteur touche 1985 euros brut par mois... un maître de conférence est à 2058 euros brut... pour faire 3 fois plus d’enseignement ! C’est une très bonne chose d’avoir revalorisé les bourses doctorales... mais il faudrait que le reste suive....
Maintenant pour répondre à une question qui m’a été directement posée, je suis actuellement en poste pour la première année, et je rentrerais (directement) au second échelon lors de ma titularisation... En effet, dans son infinie bonté, l’Education Nationale reconnaît (via un mystérieux "article 4") mes 16 mois de service national actif, ainsi que, "pour moitié de la durée des services d’agent public" soit un an de 1/2 poste d’ATER, et 5 ans au Ministère des Finances. En revanche, mon année passée en salle de marché en CDD, puis les 18 mois passés à la FFSA ne comptent pas: je travaille (en succédant les CDD) depuis octobre 2008, soit plus de 10 ans d’ancienneté, et l’Education Nationale retient 2 ans et 9 mois d’ancienneté !...lundi 16 février 2009
Nouvelles des collègues de Rennes 2
Par Arthur Charpentier le lundi 16 février 2009, 08:44
dimanche 15 février 2009
quotidien d'un enseignant-chercheur, suite...
Par Arthur Charpentier le dimanche 15 février 2009, 18:39

Parmi les résultats plus quantitatifs de l’étude, on trouvera les tableaux suivants,
Sinon sur le découpage entre administration/enseignement/recherche, on trouve le détail suivant,

"Cela dit, le statut joue un rôle décisif dans la distribution des tâches administratives. Ainsi, 39% des professeurs déclarent consacrer 11h ou plus par semaine aux tâches administratives, contre 15% des maîtres de conférences". Côté recherche, on obtient

Bref, je ne vais pas citer tout le rapport (qui pourtant le mériterait), et qui doit être pris avec les pincettes qui s’imposent: il s’agit d’une analyse exploratoire basée sur une enquête, où les personnes sont libres de répondre ce qu’elles souhaitent... Mais globalement, on retrouve des tendances bien réelles.

vendredi 13 février 2009
"Publish or perish ?"
Par Arthur Charpentier le vendredi 13 février 2009, 08:10
Grande indignation dans le Figaro sur les publications des enseignants-chercheurs,
Une étude de l’ancienne Mission scientifique, technique et pédagogique (MSTP) du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est évoquée (cette étude avait été reprise par l’Express en juin 2008, sans mentionner le critère de définition des "publiants"). Il y a les critères indiqué par l’AERES, mais pour aller un peu plus loin, on pourra consulter l’article sur le comptage des publiants sur le site de la SMF (la Société de Mathématiques Française).
Contrairement aux chercheurs qui sont tenus de préciser clairement leurs sources, aucune référence claire n’est mentionné ici, mais en trainant sur internet on peut tomber sur le document suivant, donnant cartes et tableaux. Sur ces cartes, on y lit "répartition des publiants dans les unités notées A+ et A" (ce sont les unités qui sont notées, ce qui est confirmé ici), mais ensuite on a un détail par publiants... Et effectivement un "3/4 des publiants sont A ou A+" dans les tableaux... c’est donc ce chiffre qui semble avoir été retenu. Alors pour les "les laboratoires classés" on a la codification suivant
- A+ excellents, de niveau international,
- A très bons,
- B bons, mais perfectibles,
- C fragiles ou en difficulté,
- D non reconnus,
par contre pour les publiants, on ne sait pas trop... L’Institut Montaigne reprend (ou est la source ?) ces chiffres dans une étude disponible en ligne, datant de janvier 2008. Définir un publiant est délicat... généralement on retient
Sur les statistiques je suis sceptique sur leur utilisation, car je ne sais pas trop qui est dedans... Mais sinon, au delà de la querelle statistique (qui me tient à coeur, déformation professionnelle oblige), je note que certains enseignants chercheurs ne publient plus de tout (après avoir publié beaucoup durant plusieurs années), je connais de très bon exemples, mais ils font un travail admirable d’un point de vue administratif, de gestion d’équipe ou de Master, d’organisation de conférences et de séminaires... Bref, il est difficile de jouer sur tous les tableaux... en tous les cas je n’échangerais ces "25% de non publiants" contre rien au monde, car certains font vivre les universités et les labos !
[16/02/2009] sur l’histoire des "publiants", un article intéressant sur http://joelmekhantar.centerblog.net/ avec le compte-rendu de l’AG du Collectif Défense de l’Université 14 février 2009 au Centre Panthéon. En particulier, il est mentionné qure "une professeur rappelle qu’une de nos revendications a été à tort abandonnée : celle de la liberté des enseignants-chercheurs de choisir leur laboratoire, laquelle n’existe plus aujourd’hui, puisqu’il faut travailler dans un laboratoire de son université pour que les publications soient prises en compte, sinon on a la qualité de non-publiant.". La référence n’est pas claire, mais si c’est le cas, c’est effectivement préoccupant.
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